Alexandre Giroux, Homo Habilis

Revenir sur l'histoire de l'Homo Habilis, voilà comment nous pourrions nous pencher sur l'oeuvre d'Alexandre Giroux. Non pas que l'artiste soit ce que l'on pourrait appeler une figure préhistorique de l'art, un dinosaure encore vivant dont la pratique serait défraichie et éloignée de ce que peut être notre extrême contemporain. Non! Que nous ne nous y trompions pas, il est bien question ici d'un jeune artiste, en pleine possession de ses moyens. Et c'est d'ailleurs bien cela qui nous interesse ici : le moyen, l'outil pour être plus précis qui, à un moment donné de l'histoire de l'humanité, a pu prolonger et compléter la seule action manuelle, par la poussée du cerveau et son intelligence. Alexandre Giroux est un artiste qui manipule, pétrit la matière, littéralement notamment quand il s'agit de chewing-gum ou de boules de papier, pour inscrire les formes du monde dans un processus de fabrication et d'industrialisation. Simplement ou naturellement devrait-on dire, ce nouvel Homo Habilis, parce qu'il est indéniablement confronté au monde contemporain, a intégré dans son vocabulaire, en plus des formes brutes et organiques produites par la nature, les formes manufacturées produites par l'homme au fur et à mesure de son évolution. Le façonnage appliqué jadis aux silex concerne, chez Alexandre Giroux, aussi et indifféremment aux objets quotidiens de design qui, nous devons le reconnaitre, nous sont tout aussi indispensables, tels que les suspensions lumineuses qui nous apportent un élément essentiel aujourd'hui : la lumière, artificielle il va sans dire. L'oeuvre présentée dans le cadre du Festival de Ronchamp prend ainsi tout son sens, préhistorique, historique - et pas seulement à cause de son aspect poussiéreux ! - mais aussi industriel. Alexandre Giroux n'a pas conçu la réactivation d'une seule suspension lumineuse mais bien d'une série, sur le lieu d'une ancienne chaîne de montage. Ceci reviendrait à dire que le processus de manipulation des formes ne peut plus, aujourd'hui, être envisage comme un acte isolé, qu'il soit artisanal ou artistique, mais indéniablement comme un acte collectif. Alexandre Giroux propose ainsi une définition générale, à la fois radicale et pertinente, de la sculpture : véritable mise en forme individuelle et collective, manuelle et industrielle.

Leslie Compan, 2011