LET
Jean-Adrien Arzilier & Alexandre Giroux
Exposition du 16 septembre au 5 novembre 2011
Galerie I C O N O S C O P E

Une exposition à deux se base généralement sur la recherche de rapprochements formels ou conceptuels ; l’accrochage s’appuyant soit sur une entente cordiale, soit sur une distance polie ou encore sur un projet commun. En contrepoint, l’exposition « Let » à la galerie Iconoscope présente les œuvres de deux artistes, Jean-Adrien Arzilier & Alexandre Giroux, tous deux diplômés des beaux-arts de Nîmes, ayant déjà partagé les mêmes cimaises par le passé mais dont le but ici est de proposer une alternative à ce constat en se basant sur le modèle du battle.
Le titre de l’exposition traduit cette démarche, filant la métaphore sportive. Dans le squash, tout se joue sur un terrain entouré de murs et parfois de parois de verre permettant la présence de spectateurs. Les deux joueurs partagent et défendent alternativement la même surface de jeu. Cette spécificité entraîne parfois une interférence entre les joueurs, on dit qu'il y a alors une situation de let. Invités à la galerie au mois d’août, les artistes ont ainsi réalisé et exposé tour à tour une œuvre pour répondre à la production de l’autre sur le mode de la surenchère, de l’ironie, de la confrontation. S’il s’agit de problématiser l’acte d’exposition, il est surtout question d’en faire un lieu de création encore active : tester les liens, les ruptures possibles dans l’espace commun de la galerie et faire de l’exposition non pas un espace d’entente et de bon voisinage mais l’espace d’un défi, d’une émulation.
Chacun a mis au point une réponse au défi lancé par l’autre en piochant parmi des œuvres déjà réalisées, convoquant des projets en émergence ou encore ripostant par une production créée de toutes pièces. Les travaux de Jean-Adrien Arzilier dissocient la forme, le sens, les propriétés, d’objets utilitaires. Il les désinvestit de leur fonctionnalité. Il s’emploie au style poétique dans un détournement ludique du commun dans des productions épurées. Alexandre Giroux lui répond en développant une réflexion sur l’impossibilité d’appréhender le monde de façon systématique dans une diversité de formes et de procédés, l’acte de création souvent réduit à son minimum. Ainsi, sont réunies des pièces éclectiques telles une maquette du Bauhaus basculée, un parasol en béton, des nuages dessinés à la craie sur un plafond d’ardoise, des morceaux de globes terrestres, un tas de gravier en équilibre, la photographie de la lentille Fresnel d’un phare recouvrant un mur, etc.
Surchargeant la galerie, les deux artistes-jouteurs s’inscrivent dans l’espace et le transforment tel un terrain d’expérimentations artistiques pour enfin s’y exposer ensemble et non plus à côté.
Isabelle Durand