Comedy Relief
Du 6 au 25 novembre 2007

"Le réel n'est rationnel que par plaques." I.Stengers

Quand il a été question d’exposer sur le Mur Foster, je n’ai pu m’empêcher de me méfier des spécificités du lieu. Loin de me poser en tenant d’un art purement In-situ, il était évident que dans ce cas précis, éluder le contexte serait une erreur.
Carré d’Art, pendant contemporain de la Maison Carrée, la médiathèque, le musée et son escalier saisissant, la sculpture d’Ellsworth Kelly et enfin ce mur qui n’en est pas un. Tout cela formait un réseau d’influences et de dépendances. La question qui se posait était celle du bien-fondé de l’existence de ce mur qui a toujours l’air d’être de trop. Un mur en dépôt, un quatrième mur matérialisé. Il ne soutient rien et tient plutôt du monolithe couché comme si la « Gaul » d’Ellsworth Kelly s’était affaissé. On ne passe d’ailleurs pas devant par hasard. Il n’est sur le chemin ni de la médiathèque, ni du musée.
Je décidai donc de mettre en évidence cette sculpture mal placée à l’aide d’un travail commencé l’année précédente sur le papier d’un carnet. « Les découvertes de topographies fictives » consistaient en un recouvrement systématique d’une surface destinée à accueillir une fiction (en général du papier) par des traits concentriques faisant penser à un relevé topographique. J’adaptai donc les préceptes établis pour les carnets à la surface du Mur Foster (1). Ironiquement, c’est ce carnet qui m’avait permis indirectement de faire cette exposition puisqu’un an plus tôt, Jean-Marc Scanreigh avait eu la volonté d’en faire une édition pour l’Ecole des Beaux-Arts. Cette édition s’était avéré trop compliquée à réaliser et nous l’avions remplacée par l’édition d’une copie manuscrite du journal Le Monde, qui elle, a débouché sur l’exposition du Mur Foster.
Une fois le mur dessiné, vibrant de sa propre topographie (entre Op'art et Art brut), j’ajoutai à son pied un livre à échelle humaine reconstituant à partir d’image de coupes anatomiques le corps d’un condamné à mort. Les deux objets bien que différents formellement se répondaient. Le gisant qu’était devenu le condamné à mort dans l’enceinte du musée/bibliothèque (donc dans un lieu dédié à la conservation) avait trouvé un espace fictionnel pour évoluer et confronter sa profondeur supposée à la profondeur figurée du mur.

Remerciements : Estelle Brun, Marjorie Calle, Brigitte Conesa, Serge Coquereau, Thierry Durand, Julien Francioli, Sylvain Gaillard, Renaud Leplat-Torti, Stéphane Méjean, Sébastien Scarponi.

(1)Préceptes de topographie fictive ici